Tuesday, March 08, 2005

 
A New York, juifs et catholiques appellent à la tolérance
LE MONDE 07.03.05 15h09
Une cinquantaine de cardinaux et de rabbins de notoriété mondiale se sont réunis, début mars à New York, à l'initiative conjointe de Mgr Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris, et du rabbin Israel Singer, président du Congrès juif mondial. Ce forum illustre la nouvelle ampleur prise par le dialogue entre le judaïsme et l'Eglise, en dépit de la recrudescence des fondamentalismes et de l'antisémitisme. Il touche, en effet, désormais les courants orthodoxes du judaïsme américain.
Une première rencontre avait eu lieu au début de 2004 à New York, mais la participation a doublé cette année. Quelques grandes figures du judaïsme s'étaient déplacées : Pinchas Goldschmidt, rabbin de Moscou ; Yaakov Bleich, rabbin de Kiev ; Gilles Bernheim, rabbin de la synagogue de la Victoire, à Paris ; Henry Sobel, rabbin de Sao Paulo, ou Meir Soloveichik, l'étoile montante du judaïsme américain. Du côté catholique, venu du Vatican, le cardinal Walter Kasper, président du conseil pour les relations avec les juifs, a visité à New York, pour la première fois, des yeshivot (universités juives). Il était accompagné d'évêques et de cardinaux européens (Godfried Danneels, de Bruxelles, Angelo Scola, de Venise, etc.), mais aussi africains, asiatiques et latino-américains. "La relation entre Israël et le christianisme concerne tous les continents, ont souligné les participants. Pas seulement l'Europe, les Etats-Unis et Israël."
ACTIONS COMMUNES
"Plus jamais les religions ne doivent servir la guerre, souligne le communiqué. Nous voulons faire une Alliance de l'espoir qui n'est dirigée contre personne, mais adresse un appel à tous les leaders religieux, d'abord aux leaders musulmans, afin que les religions ne servent plus la guerre, mais l'espoir et la paix."
Archevêque de Sao Paulo, le cardinal Claudio Hummes a exprimé le souhait qu'il n'y ait "plus jamais l'ombre d'une expression antisémite dans les prédications et les enseignements des Eglises". Il a cité comme exemplaire le soutien que les communautés juive et catholique du Brésil se sont donné pour éviter tout dérapage antisémite au moment de la sortie du film La Passion du Christ, de Mel Gibson.
"Entre juifs et catholiques, nous n'en sommes plus au stade du rapprochement, mais à la mise en œuvre d'actions communes", dit le Père Patrick Desbois, secrétaire du comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme. Des initiatives conjointes ont été engagées à New York en vue de créer des centres alimentaires en Argentine et au Brésil ou d'acheminer en Afrique des soins pour les malades du sida. Une fondation commune a enfin été créée en Ukraine pour accélérer le "travail de mémoire" dans ce pays.

Non à la récrimination perpétuelle : Ce qui s'est passé au dîner du Crif est révélateur d'une dérive dangereuse
L'Express du 07/03/2005 - Michel Zaoui, avocat

Est-il opportun et habile de sermonner un Premier ministre et 16 membres du gouvernement que le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) invite à dîner? Cette invitation se renouvelle depuis vingt ans. Je ne crois pas qu'il existe une autre manifestation à laquelle se rende plus de la moitié du gouvernement, par amitié et solidarité à l'égard de la communauté juive de France. Les esprits chagrins ou paranoïaques diront qu'ils viennent pour avoir les juifs de leur côté. Et alors? L'important est qu'ils viennent. Il s'agit d'un dîner où le lien des juifs de France avec la République est sans cesse réaffirmé. A moins de faire son alya, le juif de France doit vivre à la fois son identité juive, religieuse ou laïque, et sa citoyenneté sans faille. Bien sûr, dans cette identité juive figure l'attachement vital et primordial à l'existence de l'Etat d'Israël, mais cet attachement ne doit pas nous plonger dans la récrimination perpétuelle, sous prétexte que la politique du Quai d'Orsay semble hypocrite et contraire à celle menée en France contre l'antisémitisme.
On ne peut exiger du pouvoir politique qu'il donne systématiquement satisfaction aux juifs de France sur tous les sujets. Nous sommes légitimement blessés par certains comportements politiques à l'égard d'Israël, mais cet aspect négatif ne doit pas dissimuler les très nombreuses satisfactions que peuvent ressentir les juifs en France. La vigilance s'impose, mais pas en distribuant bons et mauvais points.
Recevoir le gouvernement n'a rien à voir avec un meeting politique ou communautaire. Je ne pense pas qu'il s'agissait seulement d'une maladresse du discours prononcé par le président du Crif. Ce qui s'est passé à ce dîner - au cours duquel une partie du public a ovationné ce discours, mais une autre partie, dont je suis, était catastrophée - est révélateur d'une dérive dangereuse. Depuis une quinzaine d'années, reconnus comme victimes lors des procès Barbie, Touvier et Papon, les juifs français font l'objet d'une attention et d'une considération très fortes: la reconnaissance de la culpabilité de la France au travers du régime de Vichy, les repentances, les réparations financières multiples, la lutte contre l'antisémitisme. Nous réintégrons ainsi pleinement la France et cela n'est que justice. Alors cela suffit. Ne restons pas dans la réclamation perpétuelle et le ressentiment chronique. Sinon, ce ne sont plus les juifs qui seraient exclus comme par le passé, mais c'est nous qui nous exclurions de la nation et donnerions ainsi raison à deux ministres qui ont déclaré que le discours du 12 février n'était pas républicain. Injure suprême, hélas justifiée, et qui peut-être un jour s'avérera lourde de conséquences pour la communauté juive de France.
Avec l'aimable autorisation de Judaïques FM.

Site négationniste pourchassé sur toute la ligne
Huit associations portent plainte contre les fournisseurs d'accès
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Par Catherine COROLLER Libération mardi 08 mars 2005
Site pionnier du négationnisme, Aaargh vit-il ses dernières heures en France ? Huit associations antiracistes (1) aimeraient le croire, elles qui ont assigné en référé les hébergeurs américains de ce site, ainsi que les principaux fournisseurs d'accès français (2).
Leur espoir repose sur la nouvelle loi sur la confiance dans l'économie numérique. Votée le 21 juin 2004, celle-ci prévoit que «l'autorité judiciaire peut prescrire toutes mesures propres à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d'un service de communication au public en ligne».
Haine antijuive. En clair, les hébergeurs étant américains et de ce fait intouchables, le juge peut imposer aux fournisseurs d'accès une mesure de filtrage empêchant les internautes français d'avoir accès aux adresses Internet concernées.
Si les huit associations visent Aaargh (dont l'acronyme signifie Association des anciens amateurs de récits de guerres et d'holocaustes), c'est que ce site, fondé en 1996 et proposé en huit langues, est «connu et reconnu comme l'un des plus puissants vecteurs de haine antijuive sur le réseau Internet». Son objet déclaré est de montrer qu'«il n'y a pas eu de gazage ni homicide massif dans les camps de concentration allemands à l'époque nazie».
Les internautes peuvent y télécharger gratuitement 230 ouvrages et brochures négationnistes, dont les travaux de Robert Faurisson ou de Jean Plantin, des numéros de la revue Akribeia, Bagatelle pour un massacre de Louis-Ferdinand Céline ou les Décombres de Lucien Rebatet, qualifié par Aaargh comme le «livre le plus fameux de tous ceux qui furent publiés pendant la Seconde Guerre mondiale».
Déménagement. Aaargh se sent-il menacé ? L'une de ses deux adresses ne répond plus. L'autre fonctionne toujours et l'éditeur du site ­ dont personne ne connaît l'identité ­ en a mis une troisième en service. Ces déménagements successifs posent la question de l'efficacité d'éventuelles mesures de filtrage. Bien que le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) ait déposé plainte avec les sept autres associations, Gérard Kerforn, membre du bureau national, émet quelques doutes : «Cela va être une course poursuite. Les gens vont migrer sans arrêt.» Marc Knobel, président de J'accuse...!, est conscient de ce risque, mais assume : «On les poursuivra aussi longtemps qu'il le faudra.» Audience le 15 mars.
(1) Union des étudiants juifs de France, SOS Racisme, J'accuse... !, Action internationale pour la justice, Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, Mrap, Mémoire 2000, Union des déportés d'Auschwitz, Consistoire central.(2) France Télécom (Wanadoo), Free, AOL France, Tiscali Access, Neuf Télécom, Télé 2 France, Suez Lyonnaise Télécom (Noos), T-Online France, Numéricâble et GIP Renater.
http://www.liberation.fr/page.php?Article=280707

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