Monday, March 14, 2005

 

# 132

Cellule de veille des infractions à connotation antisémite
Le temps des beaux discours ne dure qu’un temps. » Le procureur général de la cour d’appel de Lyon, Jean-Olivier Viout, a installé le 9 mars une cellule de veille des infractions à connotation antisémite, qui sera élargie dans les prochaines semaines aux actes racistes (islamophobes, notamment).
Il s’agit d’une première en France. Placée sous l’égide de magistrats et de responsables policiers de la région, cette cellule sera une interface entre les pouvoirs publics et la communauté juive, afin que cette dernière soit tenue régulièrement informée des suites judiciaires données aux violences dont elle peut être la cible. « Il faut être sûr qu’il n’y ait pas de “chiffres noirs” ou que des faits soient passés sous silence, affirme Jean-Olivier Viout. Je ne veux plus entendre que certains policiers ne reçoivent pas les plaintes et que l’on ait le sentiment qu’il y a une insuffisante implication de l’autorité publique. »
« Face à des taux d’élucidation qui restent limités et des statistiques qui refusent de reculer, on ne peut que se réjouir d’une telle initiative qui permet d’avoir une vraie traçabilité », approuve Marcel Amsallem, le président de l’antenne Rhône-Alpes du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). En 2003, le Crif a enregistré 18 actes antisémites (violences, menaces...). En 2004, leur nombre a été multiplié par trois, avec plus de 70 faits recensés, dont le plus marquant restera la profanation du cimetière de la Mouche (7e), l’été dernier. « Nous sommes à la merci d’une flambée d’actes graves », prévient le procureur général.
Fabrice Arfi * Metro

Poursuites à l'encontre du roman "Pogrom"
Le ministère de la Justice étudie les possibilités de poursuites à l'encontre du roman "Pogrom", accusé d'antisémitisme. Un avis a été demandé à la direction des Affaires criminelles et des grâces au ministère "pour voir si des poursuites sont possibles et si oui sur quelles bases", a-t-on expliqué, précisant que cet avis devrait être disponible d'ici la fin du mois.
Cette demande est intervenue après un rapport du ministère de l'Intérieur, transmis au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin début mars, écartant l'idée d'une procédure d'interdiction administrative et suggérant l'étude de poursuites judiciaires, comme le révèle Le Monde.
Au ministère de l'Intérieur, on explique que Dominique de Villepin avait "demandé à ses services d'étudier les voies de droit possibles à l'encontre des propos tenus dans l'ouvrage". Le rapport de ses services, transmis au Premier ministre, "oriente l'action publique sous l'angle judiciaire, qui est pour nous le plus approprié", a-t-il poursuivi. Lors du dîner annuel du CRIF le 12 février, Jean-Pierre Raffarin s'était dit, sans citer le roman, "particulièrement vigilant quant à certaines initiatives supposées littéraires, telles que celle, qui récemment était présentée dans la presse comme « un livre inqualifiable »". Dans une tribune parue dans Le Monde daté du même jour, Bernard Comment et Olivier Rolin, directeurs de collection du Seuil, avaient dénoncé l'ouvrage, paru chez Flammarion, comme un "vomissement antisémite". "Tout, dans ce roman décidément « inqualifiable », dégage l'odeur du remugle fasciste", avaient-ils écrit.
L'auteur du roman, Eric Bénier-Bürckel, avait assuré une semaine après dans une lettre au Monde: "Loin d'avoir voulu blesser quiconque, j'ai souhaité, à travers ce roman, exposer une réflexion sur le Mal. Par définition, il met en scène des personnages ou des propos choquants qu'à titre personnel, je condamne radicalement". ((Agence France Presse))

Un site négationniste assigné en référé
par Cécilia Gabizon (Le Figaro)
Interdite dans les librairies françaises, la littérature négationniste fleurit sur Internet. Les textes qui nient l'Holocauste y surpassent les documents historiques, affirment des spécialistes. Pour stopper cette propagande nauséabonde, huit associations antiracistes françaises tentent d'obtenir la fermeture d'un site antisémite et négationniste, celui de l'Association des anciens amateurs de récits de guerre et d'holocauste (Aaargh). L'audience se tiendra cet après-midi, à la 1re chambre du tribunal correctionnel de Paris.
Traduit en plusieurs langues, le site de l'Aaargh est un véritable supermarché de la haine où les écrits révisionnistes côtoient les classiques de l'antisémitisme. Quelques textes sérieux empruntés à leurs auteurs sans autorisation servent d'appât pour attirer des internautes via les moteurs de recherche. Ils découvrent alors 230 oeuvres en ligne, des pamphlets nazis, des brûlots antijuifs de Louis-Ferdinand Céline comme Bagatelle pour un massacre, des écrits plus récents des révisionnistes francophones avec une mention spéciale à Robert Faurisson qui nie l'existence des chambres à gaz, au Marocain Ahmed Rami, obsédé du complot juif, ou encore à Serge Thion, chercheur de l'ultragauche révoqué du CNRS pour négation de l'Holocauste.
«L'Aaargh est un carrefour des extrémismes», analyse le politologue Jean-Yves Camus. Depuis sa création en 1996, le site de l'Aaargh était passé à travers les mailles de la justice en se faisant héberger aux Etats-Unis où la Constitution garantit une liberté d'expression totale. Les nouvelles dispositions de la loi de confiance en l'économie numérique (LCEN), votée en juin dernier, pourraient changer la don-ne. Le tribunal va examiner en référé le contenu du site. Si elle constate une infraction, la justice dispose de nouveaux instruments pour faire cesser sa diffusion. Elle peut demander à l'hébergeur la fermeture. Une me- sure qui reste souvent lettre mor-te quand ce dernier est étranger. Mais, «désormais, le juge pourra ordonner aux fournisseurs d'accès français de mettre en place une mesure de filtrage d'accès au site de l'Aaargh», anticipe Stéphane Lilti, avocat de SOS-Racisme et de l'Union des étudiants juifs de France.
La mise en place d'un filtre serait une première dans le monde démocratique. L'ensemble des plaignants se sont ligués contre l'hébergeur américain de Aaargh, la société OLM-LLC, située dans l'État du Connecticut, et contre les principaux fournisseurs d'accès français. Hostiles à toute mesure de filtrage, les fournisseurs d'accès renâclent : «Il est ridicule d'assigner une dizaine de prestataires de service sur les quelque cent cinquante qui existent en France», estime Stéphane Marcovitch, délégué général de l'Association des fournisseurs d'accès (AFA). «Si nous gagnons, rétorque Marc Knobel, président de J'accuse, cela créera un précédent. Nous établirons l'efficacité du filtrage en matière de racisme sur Internet.»

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